LA PSYCHANALYSE
Sigmund Freud, en 1893, réunit sous le terme de psychanalyse tout son champ de pratiques thérapeutiques et d'études théoriques.
Il instaure une méthode pour explorer le psychisme grâce à laquelle il élabore une théorie de l'appareil psychique ainsi qu'un dispositif de cure avec des effet thérapeutiques pour les patients.
La cure psychanalytique est une cure par la parole. L'analysant parle sans censure, il est soumis à la règle des associations libres en face à face avec l'analyste. Celui-ci a valeur de transfert dans ce travail analytique.
C'est par un travail sur l'inconscient que l'analysant va pouvoir faire émerger son réel désir.
Après Freud, de nombreux psychanalystes ont affiné, modifié, élargi les champs ouverts par lui, citons :
- E. Bleuler : Psychiatre suisse (1857-1936). Il a introduit les termes de schizophrénie et d'autisme. On lui doit également le terme d'ambivalence : présence simultanée dans la relation à un même objet de tendances, d'attitudes et de sentiments opposés, par excellence: l'amour et la haine.
- Sandor Ferenczi : Médecin et psychanalyste hongrois (1873-1933). Il rencontre Freud en février 1908 et devient sans doute son disciple préféré. Il est l'auteur de "Thalassa, essai sur la théorie de la génitalité" (discutable aujourd'hui) et de nombreux articles cliniques, parmi lesquels "un petit homme-coq" qui fournit à Freud un exemple très convaincant de "totemisme". Ferenczi a beaucoup apporté sur le plan technique en s'essayant à une "technique active". On lui doit le terme d'introjection.
- Carl Gustav Jung : Psychiatre suisse (1875-1961). Son oeuvre est inséparable de l'invention freudienne de l'inconscient de la psychanalyse, malgré de profondes divergences de doctrine. Il est l'assistant d'E.Bleuler à Zurich et rencontre Freud en 1907. En 1909 il est invité pour le vingtième anniversaire de la Clark University aux Etats-Unis avec Freud et Ferenczi. Il publie en 1912 " Métamorphoses et symboles de la libido". Les divergences de doctrines avec S.Freud conduisent à une rupture en 1913; ils sont en désaccord sur les conceptions de la cure, du symbole et de l'interprétation. Il publie, en 1961, "Ma vie".
Les différences avec Freud portent sur la définition de la libido : plurielle pour Jung, unique et sexuelle pour Freud et sur la place et la conception de l'interprétation (Jung pense à un inconscient collectif).
- S. Morgenstern : Psychiatre et psychanalyste (1875-1940). Pionnière de la psychanalyse des enfants en France, elle initiera et formera à la psychanalyse Serge Lebovici et Francoise Dolto, elle est la première à utiliser le dessin dans les cures d'enfants et a théorisé cette utilisation.
- Karl Abraham : Médecin et psychanalyste allemand (1877-1925). Il a travaillé avec E.Bleuler à l'hôpital psychiatrique de Zurich où il a rencontré C.G.Jung qui l'a initié aux idées de Freud. Il est l'un de ceux qui ont le plus contribué à la diffusion de la psychanalyse. C'est lui qui a apporté la notion d'objet partiel, définit les processus d'introjection et d'incorporation, il a étudié les stades prégénitaux. Il a eu une importante correspondance avec Freud.
- Ernest Jones : Médecin et psychanalyste britannique (1879-1958). Il occupe une place particulière dans l'histoire du mouvement psychanalytique. Il fut, en effet, un ambassadeur zêlé des théories freudiennes et soucieux de maintenir autour de Freud un groupe d'analystes fidèles. Il est l'auteur de "La vie et l'oeuvre de Freud". C'est lui qui a facilité l'installation de M.Klein en Grande-Bretagne et organisé l'accueil de Freud au moment du nazisme. Sur le plan théorique, il s'est intéressé au symbolisme (opposé en cela à Jung) et la sexualité féminine (théorie analytique du concept d'aphanisis:crainte d'une abolition totale de la sexualité).
- Melanie Klein : Psychanalyste britannique d'origine autrichienne (1882-1960). C'est de l'analyse de l'un de ses garçons (entre 1919 et 1926) qu'elle tire plusieurs conférences et articles qui feront son renom. Elle est analysée par S.Ferenczi puis par K.Abraham. Elle s'installe en 1927 à Londres sur les conseils d'E.Jones et y fonde une école, ce qui lui vaut ,dès 1938, de très violents conflits avec A.Freud (pour M.Klein, en cure, le transfert est possible avec un enfant). Elle instaure le concept de "clivage de l'objet" (mécanisme de défense), et de "clivage du sein". Elle a écrit notamment "La psychanalyse des enfants" en 1932.
- Otto Rosenfeld, dit Otto Rank : Psychanalyste autrichien (1884-1939). Il fut un des premiers disciples de Freud, et a fait porter ses travaux sur les mythes et les légendes. Très lié avec S.Ferenczi, il a contribué à élargir, avec lui, aux psychoses le champ de la psychanalyse. Il a publié en 1924 "Traumatisme de la naissance" (marque ainsi la divergence avec Freud:pour Otto Rank, l'angoisse de la naissance prend la fonction centrale, alors que pour Freud c'est le complexe d'Oedipe.
- René Spitz : psychanalyste américain d'origine hongroise (1887-1974). Il fit partie des élèves de Freud, il a découvert "l'hospitalisme" et la "dépression anaclitique" c'est le syndrôme de carence affective précoce des enfants privés de soins maternels et placés en institution dans les premiers mois de la vie (hospitalisme).
- René Laforgue : Psychiatre et psychanalyste français (1894-1962). Il ouvre la première consultation psychanalytique hospitalière en France et initiera de nombreux psychanalystes (Francoise Dolto). Il est à l'origine de la découverte du processus de la névrose d'echec.
- Anna Freud : Psychanalyste britannique d'origine autrichienne (1895-1982). Elle est la dernière-née des enfants de S.Freud et resta auprès de lui jusqu'à la fin de sa vie. Ce lien "exclusif" semble avoir écarté tel ou tel homme, en premier lieu E.Jones. Elle a d'abord été institutrice et c'est avec des enfants qu'elle commença à pratiquer la psychanalyse. Elle soutient, dans ce domaine, des thèses opposées à celles de M.Klein : A.Freud estime que l'analyse d'enfants est mêlée à une action éducative (l'enfant "refuserait" d'associer et de communiquer pleinement et son surmoi ne serait pas assez développé). Elle a écrit l'ouvrage "le Moi et les mécanismes de défenses".
- Donald Woods Winnicott : Pédiatre et psychanalyste britannique (1896-1971). Il introduit une distinction entre les notions de vrai self et faux self dans le développement de l'enfant. Il établit un parallèle entre ces deux notions (le moi du nourisson s'achemine vers un état dans lequel les exigences instinctuelles sont ressenties comme faisant partie du self et non de l'environnement).
L'impulsivité et l'aggressivité amènent l'enfant à rechercher un objet externe : Winnicott introduit la notion d'objets transitionnels. L'origine du symbolisme pourrait se trouver sur ce chemin qui passe du subjectif à l'objectif et que traduit l'objet transitionnel. Ces objets et ces phénomènes appartiennent au domaine de l'illusion, possibilité ultérieure des arts, du religieux, de la vie imaginative, des créations.
Autre contribution de Winnicott à ce qu'est pour lui le développement de l'enfant au regard de la psychanalyse : le holding, c'est à dire la façon qu'a la mere de porter et de maintenir, physiquement et psychologiquement, son nourisson en état de dépendance absolue. La mère assure ainsi une cohésion à ses différents états sensori-moteurs et une protection suffisante contre les angoisses. Elle lui procure un sentiment de sécurité fondamental, base de la force du moi.
- Wilhelm Reich : Médecin et psychanalyste autrichien (1897-1957). Il est le premier psychanalyste à poser le problème du socio-économique dans la genèse des troubles psychiques. Il est exclu en 1933 du Parti Communiste (où il était très engagé) et en 1934, de l'Association Internationale de Psychanalyse par E.Jones. Exilé aux Etats-Unis, par le nazisme, il y commence en 1939 ses recherches sur l'orgone (énergie vitale cosmique) dont la stagnation dans l'organisme serait responsable d'affections psychiques et somatiques comme le cancer. Accusé d'escroquerie pour avoir commercialisé des accumulateurs d'orgone, il est incarceré et la vente de ses livres est interdite. Il a publié "L'analyse caractérielle" et ses découvertes cliniques sur la signification de la génitalité dans la théorie et la thérapie des névroses : "Premiers écrits".
- Jacques-Marie Lacan : Médecin et psychanalyste français (1901-1981). Doué pour les mathématiques, il va associer à de solides études médicales, un intérêt éclectique pour les lettres et la philosophie, le Moyen-Age, l'anthropologie, l'histoire, la linguistique, les sciences exactes (en particulier, la logique).
Il plaça le langage au coeur de sa théorie psychanalytique.
Les formulations originales de J.Lacan portent sur :
-La trouvaille du "stade du miroir"
-Le "parlêtre" (celui qui pose la question de l'être parce qu'il parle)
-L'"objet a" et l'"objet A"
-Le "signifiant"
-la consistance du RSI (Réel-Symbolique-Imaginaire) dans le noeud borroméen (trois ronds de ficelle liés de sorte que la coupure de l'un quelconque d'entre eux dénoue les deux autres).
-Le "sinthome" (orthographe ancienne de symptôme, reprise pour faire entendre un sens different)
Pour Lacan, "le Réel, c'est l'impossible".
En 1953, il démissionne de la Société Psychanalytique de Paris, en compagnie de F.Dolto, et fonde la Société Francaise de Psychanalyse. En 1964, il fonde seul l'Ecole Freudienne de Paris qu'il dissout en 1980. Il a instauré la procédure de "la passe" qui préside à la nomination des analystes.
Les jeux de mots qui parsèment les propos de J.Lacan poursuivent une tradition rhétorique quand on savait et expérimentait le pouvoir du Verbe, "Au commencement était le Verbe".
- Francoise Dolto : Psychiatre et psychanalyste française (1908-1988). Depuis l'enfance, F.Dolto se sent une vocation : devenir "médecin d'éducation". Avec sa thèse "Psychanalyse et pédiatrie" elle résume la théorie de S.Freud et les applications qu'elle en conçoit. Elle va fonder sa "méthode" dans le domaine de l'enfance. Toute son oeuvre est consacrée à la "Cause des enfants" (un de ses livres). Avec son grand sens de la communication, elle devient une personnalité médiatique reconnue. Elle entre à "l'Ecole Freudienne" de Lacan tout en forgeant elle- même de nouveaux concepts. Par un bon maternage, l'enfant doit être bien situé dans son schéma corporel et son image de corps, et cela par l'effet "des castrations symboligènes" (sanctionnent la fin d'un stade de développement, les sublimations qui en découlent et le passage au stade suivant).
- Emilio Rodrigue : Psychanalyste argentin (1923-2008). Il est l'auteur de "Freud, le siècle de la psychanalyse" et de "séparations nécessaires".